Rien de nouveau... sous la pluie !
Rien de nouveau... sous la pluie !
De tout temps, l’homme a subi les outrages de la météo. Les archives nous parlent de ces calamités naturelles subies par l’homme et son environnement.
Paul Garrigou-Lagrange, chercheur, météorologiste, hydrologue et inventeur, fonde en 1885 l’observatoire de Limoges afin d’étudier de près les conditions climatiques du Limousin. En 1910, il publie dans la revue L'arbre & l'eau un article intitulé Le problème de l’eau : inondations et sécheresses. Dans cet ouvrage, il écrit : « Fournir à l’homme, en toutes saisons, des volumes d’eau suffisants pour ses besoins agricoles, industriels, commerciaux et personnels, tel est un défi auquel il faut répondre depuis bien longtemps déjà. Résoudre ce problème, même partiellement, permettrait de diminuer, voire de supprimer, les effets désastreux des inondations et des sécheresses prolongées.
Sous l’Ancien Régime, où le monde paysan est majoritaire, les calamités météorologiques ont un impact direct sur la population. Les récoltes subissent de plein fouet les aléas climatiques.
Les curés relatent au travers des registres paroissiaux des évènements tragiques notamment les noyades consécutives aux inondations et crues (source : http://geneadom.free.fr/meteo/Haute-Vienne/actes87.htm)
5 septembre 1649 à Eymoutiers
« un grand debordement deaux par la riviere de cette ville arriva le dimanche 5 7bre 1649 sur les 7 heures de soir qui emporta de plain saut le moulin du fon? de la porte de peyrac l'eau inonda tout lhospital et monta jusques chez Jean de Lamy et faillit ont prendre dans la rue un saulmont qui se retira dans la riviere leau monta a la porte de peyrac quasi dans la porte de la ville ont ne pouvoit aller sur le pont de pierre. »
1763 à Saint-Julien-le-Petit
« Les pluies ont été presque continuelles cette année derniere on a eu bien de la peine à serrer la recolte, il y a eu beaucoup de paille et peu de grains à prop[ortion] point / sz fruits, peu de vin sans etre bon
4 juin 1777 à Saint-Brice....
« ent[errement] du / moulin de / boussignac [en marge] le quatre juin mil sept cent soixante dix sept a este enterre au cimetiere de cette paroisse bernard mallet qui cest trouve noyé au moulin de boucignac agé de dix neuf ans suivant quil a esté reconnu par bernard mallet son pere et chaterine foulon sa mere du village de monpontier paroisse de Cogniac et suivant le proces verbal qui a esté dressé par la justice le trois du meme mois lenterement a esté fait en presence de bernard mallet son pere martial rochete bernard gouteron françois valade qui nont seut signer de ce enquis ».
Cet acte de décès est le premier d'une série de six, tous concernant des corps trouvés noyés dans la Vienne (entre Saint-Brice et Saint-Junien). Une telle série ne peut être que la conséquence d'un événement climatique extraordinaire sur la rivière. Ceci est confirmé par les actes de décès d'autres noyés à la même date en amont sur le cours d'eau (voir ci-dessous). Dans l'ensemble des paroisses concernées les victimes sont quasiment toujours jeunes : 11 à 19 ans; reste à déterminer pourquoi il y a si peu d'adultes plus âgés parmi les victimes et beaucoup plus de jeunes femmes que de jeunes hommes... NDLR
...Et à Saint-Junien
« G[rand] Ent[errement] / d'un garçon / trouvé noyé [en marge] L'an de grace Mil sept cent soixante dix sept et le quatrieme jour du mois de [rature] / Juin / à été inhumé par moy vicaire soussigné [rature] un garçon trouvé au moulin de Codec sur la Vienne que Catherine Javelot veuve de Jean Descubes du Bourg de Cognac du Diocèse de Limoges à reconnu pour etre son fils né de son légitime mariage avec le susdit Jean Descubes, avoir nom Bertrand, etre agé d'environ quatorze ans; de tout quoy. le procès verbal de Messieurs les officiers de justice de la ville de St Junien fait foy, et leur jugement rendu en présence de M M antoine Simon procureur fiscal, et Jean Bastier greffier qui ont signés avec moy Deschamps vicaire approuvant les deux râtures. »
Sous l’Ancien Régime, où le monde paysan est majoritaire, les calamités météorologiques ont un impact direct sur la population. Les récoltes subissent de plein fouet les aléas climatiques.
1597-1598 : La Roche-l’Abeille. Incidence sur les récoltes et le prix.
« Lunziesme no[vem]bre dud[it] an 1597 Jo[ur] de feste de St martin Il fis un grand vent et pleust par lespace de troys Jo[ur]s abondammen et fan? q[ue] non seulement les vallees du plain pais estoy renplyes d'eau mais aussy le hault des montaigne q[ui] resembloyent estre un petit deluge et po[ur] tout ch? celluy an ce finist avec grande abondance deaux et sur la fin de naiges tout le monde s'emervelhoyt Il faysoyt bon destre parlant humanit en une bonne ville et avoyr fort boys po[ur] se chaufer vin et ? po[ur] boyre et manger un bon lict et lancer? [illisible] apres dormyr a son ayze car les champs nestoyent [illisible] encemences et plaisants po[ur] voyager ? au[tre] e? et t? dict [illisible] dict [illisible]. Lan 1597 les chastanies se perdirent : et le peuple Limousin se perdoyt de faim. Lad[ite] annee fust [pre]sque toute pluvieuse, et le premier de Janvier 1598 : il [com]mensa fa[ire]? un bon yver : tellem[ent] q[ue] l'un j[our] ne sembloyt lau[tre] gelant avec un temps couvert. febvrier suyvant pleust presque tousiours avec fort grands vents : tellem[ent] q[ue] les murailles et maysons non couvertes, se ruoyent a terre et ses deux moys finis ; le premier de mars fist beau temps lespace de quatre. A cinq / jours / et [rature] / semat? /on alors des avoynes, et au[tres] bleds. les feves estoyent seches. sy le temps est divers : les hommes ne sont pas moins pervers ./. Il mouroyt plusieurs gens de faim : et les larrons faysoient ouvrer leurs mains : tellem[ent] q[ue] aulcuns de foiy q[uils] avoyent prenoyent le pain qu'on vandoyt et a force le mangeoyent / ceulx q[ui] enp?ctoyent le bled deux escutz ».
Inondations du 3 juin 1788
Les particuliers de la paroisse de Blond, particulièrement touchés par ces calamités sont exonérés de l’impôt. L’énumération des villages permet de localiser l’emprise du phénomène.
Les années passent… et en l’An VII, le Ministère de l’Intérieur (Bureau d’agriculture, L 219) publie une Instruction sur les effets des inondations et de la gelée et sur les moyens d’y remédier.
On y lit : « Des inondations considérables viennent de faire beaucoup de ravages. Elles avaient été précédées d’un hiver long et rigoureux : les accidents qui résultent naturellement de ces circonstances peu communes, mais presque toujours funestes à l’agriculture, peuvent aggraver encore les pertes trop multipliées des agriculteurs. [...] Le gouvernement, sans cesse occupé des moyens de donner de cette classe précieuse de citoyens de nouvelles preuves de sa bienveillante sollicitude, nous a chargés d’indiquer promptement aux habitants de campagnes, ce qui leur est le plus utile de pratiquer dans le moment pour alléger leurs pertes ».
29 octobre 1896, autre inondation
Le maire de Saint-Brice, dont la commune a été impactée, reçoit du Préfet, la part d’indemnisation des victimes (ici appelés perdants), soit 5% du montant des pertes.
Mai 1897
Le service hydrométrique et de l’annonce des crues met en place de stations d’observations destinées à recueillir et transmettre les renseignements utiles à la préparation des avis de crue.
Tableau de comparaison des maxima des crues observées dans les stations d’Eymoutiers, Pontarion, Limoges, Aixe et Saint-Junien de 1845 à 1912.
En 1913, encore une inondation
Malgré tous les moyens techniques et humains mis en place, la brutalité de la montée des eaux laisse peu de marge aux populations toujours surprises et impactées.
La multiplication des calamités coûte cher. Il en va de la reconstruction des ouvrages impactés, des usines et bâtiments d’exploitation touchés, des ouvriers perdant leur outil de travail, des exploitations agricoles plus ou moins détruites.
Les images de Saint-Priest-Taurion sous les eaux parlent d’elles-mêmes... Ces images qui nous rappellent étrangement celles encore observées en février.
En 1923 et en 1941 : mise en place d'un Vigicrues avant l’heure !
L’avis de crue par télégramme est alors le moyen le plus rapide de prévenir la montée des eaux.
Décembre 1944 : nouvelle crue
En décembre 1944, l’annonce de la crue de la Vienne se fait par le Commissariat central de Limoges. Sont inondés :
la rue du Clos Sainte-Marie, notamment le rez-de-chaussée des maisons,
la chaussée au pont du Naveix,
la nouvelle route d’Aixe (RN21),
ainsi que les services techniques situés aux Casseaux.
Suite à ces inondations, la Direction de la protection civile déploie des mesures de prévention et de prévision en cas de crues (février 1948).
Août 1953
Création du Service Départemental de signalisation des crues.
Un Service spécial de constatations des crues est également créé.
Inondations des 4 et 17 octobre 1960
Les industries locales situées en bords de Vienne sont fortement impactées. Les communes sinistrées affichent leurs dégâts et les chiffrent explosent. Une collecte nationale est lancée au profit des sinistrés.
A Aixe-sur-Vienne, le moulin de Saint-Gérald appartenant à M. Barry est un des dossiers à traiter en urgence. La maison d’habitation, la lingerie, les vêtements, les meubles, le gibier, la voiture sont touchés… les pertes atteignent 80%. Le dossier est tout juste ouvert le 26 janvier 1961. La lenteur administrative sévissait déjà !
D'autres industriels ouvrent des dossiers d’indemnisation et des listes de sinistrés sont dressés par commune : Saint-Junien et Eymoutiers figurent parmi les plus touchées.
18 janvier 1962
Par la circulaire n°8, le Service spécial de constatation et d’avertissement des crues de la Vienne et de la Gartempe est créé afin de centraliser les informations hydrologiques mais surtout renforcer en amont l’annonce des crues ainsi que la défense contre les inondations.