Relevés météorologiques

La climatologie en Haute-Vienne

Le 14 novembre 1854, en mer Noire, durant le siège de Sébastopol, une tempête imprévue causa la perte de 35 navires français, dont le navire amiral, le Henri IV.

En réaction à ce drame, en 1855, l’astronome Urbain Le Verrier (1811-1877), directeur de l’Observatoire de Paris et ancien disciple de Gay-Lussac, soumit à Napoléon III son projet de réseau météorologique, vaste plan d’ensemble pour la surveillance et l’étude de l’atmosphère comprenant 4 objectifs : « la prévision du temps et les avertissements qui en découlent, l’étude des phénomènes météorologiques à la mer, l’étude du climat dans les Écoles normales de l’Empire, enfin l’étude des orages sur le sol de la France ».

Ainsi fut fondé le service des avertissements météorologiques. Hors Paris, le réseau mis en place par Le Verrier allait compter rapidement 24 points de mesure, tenus par les employés de l’administration des lignes télégraphiques. Ceux-ci avaient pour charge de faire remonter trois fois par jour leurs observations à l’Observatoire impérial de Paris, qui se chargeait de les analyser et de les publier.

Le premier des postes pluviométriques et hydrométriques des Ponts et Chaussées du bassin haut-viennois fut basé à Saint-Léonard-de-Noblat en 1857. Son rôle était d’effectuer les relevés de pluviométrie grâce à un udomètre (terme synonyme de pluviomètre). Plusieurs autres postes furent créés dès 1858 à Limoges, Bellac et Eymoutiers.

En 1865 fut ordonné dans chaque département la création d’une commission des orages, chargée de recueillir et d’interpréter les données fournies par des groupes d’observateurs cantonaux. La commission haut-viennoise, mise en place au printemps et à l’été 1865, fut une des plus dynamiques de France, comptant en 1875 pas moins de 200 observateurs. Un arrêté préfectoral daté du 10 décembre 1874 consacra officiellement son existence sous le nom de « Commission météorologique de la Haute-Vienne ». Dès les années 1870, cette commission prit également en charge les postes pluviométriques des Ponts et Chaussées. Le réseau d’observation des orages s’interrompit toutefois dans notre département peu après 1882.

En 1865, un service d’observations météorologiques fut mis en place dans les écoles normales primaires, qui furent équipées par les conseils généraux de différents instruments de mesure, et chargées d’effectuer un certain nombre de relevés par jour : d’abord six, puis en moyenne trois à partir de 1890. A l’ère du positivisme, l’objectif était de faire des futurs instituteurs des fers de lance de la diffusion de la science dans les campagnes. Les relevés des observations devaient être adressés chaque quinzaine à l’Observatoire de Paris. Un exemplaire demeurait toutefois conservé à l’école normale. Dès 1867, les observations des écoles normales furent publiées chaque année dans L’Atlas météorologique de l’Observatoire de Paris.

Les Archives départementales de la Haute-Vienne conservent en sous-série 1 T les relevés effectués par les élèves-maîtres de l’école normale des instituteurs de Limoges pour la période 1896-1937, à l’exception des années 1930 et 1931 qui sont lacunaires.

En 1878, le service des avertissements météorologiques s’émancipait de l’Observatoire de Paris auquel il était rattaché depuis sa fondation, et devenait le Bureau central météorologique, rattaché au ministère de l’Instruction publique, des Cultes et des Beaux-Arts.

A l’heure des dérèglements climatiques, nous vous invitons à découvrir les relevés des élèves maîtres de l’école normale de Limoges, véritables ancêtres de nos bulletins météorologiques.

 

Pour en savoir plus :

Bibliographie

Noël M.-F. (1995). « La mise en place des réseaux d’observation météorologique par les instituteurs des Écoles normales (1864-1871) ». La Météorologie, 8e série, numéro spécial, p. 11-16.

Galliot M. (1999). « Les débuts de la climatologie en Haute-Vienne ». La Météorologie, 26, p. 35-43.

Site de Météo-France : « Ecoles normales : les élèves-maitres, précieux auxiliaires des sciences ».

 

Sources complémentaires

Sous-série 6 S, « transports aériens et météorologie », notamment 6 S 15 à 17 : Météorologie. Fonctionnement des services météorologiques, commission météorologique, météorologie agricole.

Sous-série 7 S « Service hydraulique. Syndicats », notamment 7 S 3 et 4, service hydrométrique et udométrique des bassins de la Loire, de l’Indre et de la Vienne.

 

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