Saint-Valentin aux Archives

Pour le 14 février, mettons du cachet à nos amours !

Sceau de M. Lefort, sacristain de Saint-Vaury (v. 1695)
Sceau de M. Lefort, sacristain de Saint-Vaury (v. 1695)

En ce charmant samedi 14 février, les Archives départementales de la Haute-Vienne vous invitent à découvrir quelques documents à thème pour célébrer la fête de l’Amour – avec un grand A, car saurait-on l’écrire autrement ?

Archives obligent, le feu romantique que nous vous proposons d’allumer sentira un peu la poussière, souvent le vieux papier, et parfois le parchemin : en effet, les pièces présentées ci-après ont été étudiées dans le cadre de la collecte des sceaux réalisée à Limoges en collaboration avec l’École Pratique des Hautes Études.

Le Cupidon de Saint-Vaury

Commençons par une série de cachets de cire de la fin du xviiie siècle. De tels cachets remplissent deux fonctions : la première, identifier l’expéditeur d’un courrier ; la seconde, sceller ledit courrier afin d’en garantir le contenu.

Les lettres qui nous intéressent ont été émises en 1695 et 1696 par un certain M. Lefort, sacristain – c’est-à-dire qu’il est responsable de l’entretien de l’église – de Saint-Vaury, aujourd’hui dans la Creuse. Cette paroisse fait partie de la prévôté du même nom, laquelle dépend du fameux chapitre Saint-Martial de Limoges.

La sigillographie employée par M. Lefort est séduisante, et nous la décrirons ainsi : « l'Amour, c'est-à-dire un chérubin ceint d'un trousseau de flèches, armé d'un arc qu'il tient en sa main gauche, et portant le Sacré-Cœur ardent en sa main droite ; du chef descendent des rayons de soleil ». En guise de légende, on lit : « JE BRULLE SANS CESSER » ; relevons au passage que le texte suit un arc-de-cercle au-dessus du dessin, au lieu de l’encercler comme il est généralement d’usage.

Il s’agit là d’une iconographie chrétienne, en accord avec la fonction de l’émetteur de ce cachet. C’est pour cette raison que l’on décrira le mignon personnage comme l’Amour plutôt que comme Cupidon, issu des mythes gréco-romaine. Le cœur ardent que tient le chérubin symbolise tout à la fois l’amour de Dieu pour l’humanité et les souffrances du Christ – deux aspects qui ne font qu’un dans la symbolique religieuse –, dont le cœur fut percé par la lance d’un légionnaire romain.

Les trois lettres que ces empreintes scellent sont, hélas ! bien peu romantiques. Toutes sont adressées à M. Delécluse (Delancluze), avocat du roi au parlement de Paris, qui est alors l’intermédiaire privilégié entre la prévôté de Saint-Vaury (Saint Vaulry) et l’évêque de Gap dont elle relève, ce dernier étant le plus souvent à Versailles. Nous vous laisserons l’heur d’en découvrir le contenu en cliquant sur les liens fournis ci-dessous, mais disons-en, au moins, qu’elles sont toutes relatives à des problèmes : tel nouveau curé paraît très caractériel, tels vicaires peinent à être payés pour leurs services… Le cœur brûle parfois de colère.

Pour en savoir plus :

·         Notice « Lefort, sacristain de Saint-Vaury » : https://sigilla.irht.cnrs.fr/242581

·         Pièce 3 H 517 (141) : https://sigilla.irht.cnrs.fr/242579

·         Pièce 3 H 517 (171) : https://sigilla.irht.cnrs.fr/242822

·         Pièce 3 H 518 (165) : https://sigilla.irht.cnrs.fr/242907

Sceau de M. De la Maison Rouge, official de Guéret, v. 1690
Sceau de M. De la Maison Rouge, official de Guéret, v. 1690
Sceau d'Henri Niveau, curé de Guéret, affilié au chapitre Saint-Martial de Limoges, v. 1690
Sceau d'Henri Niveau, curé de Guéret, affilié au chapitre Saint-Martial de Limoges, v. 1690

Les pélicans de Guéret

Ah, Guéret ! Son hôtel des Moneyroux, son présidial, ses… pélicans ?

Contemporains du sacristain de Saint-Vaury, Messieurs De la Maison Rouge et Henri Niveau, respectivement official et curé de Guéret, affiliés au chapitre Saint-Martial de Limoges, ont émis de nombreux courriers entre 1685 et 1696.

Ces deux hommes ont pour particularité de partager une iconographie très similaire : un pélican se perçant le cœur pour arroser son nid de son propre sang. Le cachet de M. Niveau est pourvu d’un dessin plus rudimentaire, où l’oiseau est surmonté d’une seule étoile, sur sa droite, tandis que celui de M. De la Maison Rouge est plus détaillé, avec un pélican aux ailes déployées et surmonté par trois étoiles.

Ce qui fut un léger casse-tête pour analyser les empreintes finit toutefois par obtenir une explication : dans une lettre, Henri Niveau précise qu’il rapporte les propos de M. De la Maison Rouge, « mon frère » ! Il est donc plus que probable que les deux sigillants (personnes employant un sceau) aient régulièrement échangé leurs matrices pour sceller leur courrier.

La piété du pélican est une allégorie qu’il n’est pas rare de croiser dans l’iconographie chrétienne. Les légendes attribuaient à ces oiseaux un comportement sans pareil : lorsque ses petits meurent, la mère planterait son bec dans sa poitrine afin de leur offrir son sang, et leur offrirait ainsi la résurrection. La symbolique de l’amour, du don de soi est ici évidente, et le parallèle christique ne l’est pas moins, le pélican n’hésitant pas à se sacrifier pour sauver ses enfants.

Pour en savoir plus :

·         Notice « De la Maison Rouge » : https://sigilla.irht.cnrs.fr/242559

·         Notice « Henri Niveau » : https://sigilla.irht.cnrs.fr/242553


Convenons-en, ce billet n’entretient qu’un rapport étroit à la Saint-Valentin : un Cupidon par-ci, un cœur par-là, les symboliques d’un amour parental et la démonstration tacite d’un amour fraternel. Mais, n’est-ce pas une façon comme une autre de célébrer l’Amour ?

 

Cyril Auxepaules

EPHE / Projet Sigilla

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